Soyons clair : les TT ci-dessus se veulent une moyenne (forcément insatisfaisante) entre ce qu'en penserons ceux qui ne supporterons pas l'écoute de ce CD et ceux qui apprécieront une démarche originale et qui s'assume pleinement. Celle-ci consiste à interpréter un répertoire à danser quasi exclusivement traditionnel et géographiquement ciblé (répertoire des violoneux du Massif Central) dans une esthétique qui ne craint ni les dissonances tenues ni les timbres très marqués allant jusqu'aux grincements. Yann Gourdon n'est pas du genre à accorder sa vielle dans le style "je ne veux entendre qu'une seule corde". Au contraire, il aime le son bien râpeux, l'accord qui frotte, à l'image de ces joueurs de mezzued tunisiens qui rectifient leurs anches lorsque, par hasard, les deux tuyaux convergent contre leur gré vers l'unisson. Mais les choix harmoniques qu'il opère en compagnie de Pierre-Vincent Fortunier (violon, cornemuse) et Guilhem Lacroux (guitare électrique) poussent bien au-delà de ces accords volontairement imparfaits ou des gammes non temprérées. Ils vont parfois jusqu'à quasiment opposer les bourdons à la tonalité du morceau. Le résultat touchera forcément l'auditeur qui appréciera une violence musicale quasi à l'égal de celle d'un groupe de metal mais dans une esthétique toute différente... Ou qui coupera vite le son de sa platine saisi par un certain malaise. Nuançons : certaines plages finissent par être plus appréciées après plusieurs écoutes et selon le contexte de celles-ci. Comme ce type de démarche se doit d'être menée à fond, ils nous offrent, en dernière plage, vingt-sept minutes de bourdon. Non pas à la manière totalement unie des monochromes de Klein, mais plutôt en camaïeu changeant et plein de nuances : moins conceptuel qu'on ne pourrait le craindre.
JEAN-LUC MATTE
Trad Magazine n° 126, juillet/août 2009